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La JOC Europe en mouvement en Ukraine

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« Nous voulons un changement dans notre société »

Une crise économique s’est abattue sur le monde entier en 2008 et elle a eu un énorme impact sur la situation des jeunes travailleurs en Ukraine. Les témoignages de jeunes interrogés par des membres ukrainiens de la JOC à L’viv nous montrent que les chiffres officiels du chômage n’expriment pas pleinement la réalité vécue par les sans emploi dans leur recherche de travail. Par ailleurs, les travailleurs qui ont été affectés par des conditions précaires sur leur lieu de travail hésitent à partager leur expérience de crainte de perdre leur emploi

« Je travaille dans une usine qui fabrique des pièces électroniques pour téléphones portables. La crise a eu un mauvais impact sur nous. Beaucoup de gens ont été licenciés. En plus, beaucoup de mes collègues travaillent aujourd’hui sans contrat à cause de la crise ; notre salaire a aussi été réduit et je ne travaille que trois jours par semaine. Ce n’est pas suffisant. »

- Ivan, 24 ans, L’viv

Depuis 2005, la JOC (connue sous le nom de PHM en Ukraine) s’efforce de recueillir des expériences de jeunes chômeurs, non seulement pour en savoir davantage sur leur situation, mais également pour prendre, avec eux, des mesures pratiques en vue d’un changement. Notre travail en Ukraine se poursuit et, en cette période de crise économique, les conditions de travail des jeunes sont de plus en plus précaires. C’est pourquoi la JOC Europe consacre du temps à nouer de nouveaux contacts avec des jeunes demandeurs d’emploi et des jeunes qui ont un emploi temporaire et précaire.

« Mon salaire est très bas, ce qui fait que je dois louer une chambre que je partage avec deux autres personnes. Je ne peux pas me permettre de louer une chambre pour moi toute seule. En hiver, il fait très froid. J’ai été hospitalisée deux fois après être tombée malade à cause du froid. Avec mon salaire, je dois payer le loyer et les vêtements pour le travail, et je fais des économies en limitant mes achats de nourriture. Je sais que ce n’est pas bon parce que je n’ai pas assez de vitamines et je suis souvent malade. »

- Natalia, 26 ans, L’viv

Anna, qui compte au nombre de nos membres les plus récents de la PHM Ukraine, vient de commencer à travailler plein temps pour aider à construire le mouvement en Ukraine. Elle s’est employée à recueillir des témoignages de jeunes travailleurs qui, comme elle, ont été confrontés à des problèmes de chômage, d’incertitude sur le plan professionnel et d’absence de contrat fixe. Nous avons interrogé Anna dernièrement pour en savoir un peu plus sur son vécu et celui d’autres jeunes ukrainiens.

« Pendant la crise économique, j’ai trouvé du travail dans les montagnes à l’extérieur de L’viv. C’était un autre contrat temporaire et c’était intéressant, mais c’était aussi stressant et instable. Beaucoup d’autres comme moi ont quitté la ville pour essayer de trouver un emploi ailleurs. La crise a eu un grand impact sur notre vie. »

- Anna, 27 ans, L’viv

« Je suis née dans une région de Russie qui s’appelle la République d’Ingouchie mais je suis ukrainienne et j’ai vécu presque toute ma vie en Ukraine. J’ai grandi dans ma famille à Pidberizei, un village situé pas très loin de L’viv. Mes parents sont des ouvriers agricoles. J’ai quitté le village quand j’avais 13 ans et j’ai terminé ma scolarité à L’viv. J’ai ensuite eu la chance d’étudier l’économie, puis la philosophie à l’université, et cela m’a vraiment beaucoup plu d’étudier l’histoire et la culture de la société. »

« Cette instabilité créait un sentiment désagréable »

Après mes études, j’ai commencé à travailler dans un centre social de L’viv pour les familles, les jeunes et les enfants. J’ai travaillé avec des familles qui avaient des problèmes dans leur vie sociale, et je les ai accompagnées dans leur situation difficile. Je suis restée là presque un an et puis, le centre a connu une restructuration et j’ai dû partir. Les gens qui avaient plus d’expérience ont pu continuer. J’ai été au chômage quelques mois. Puis j’ai recommencé à retravailler, mais sans contrat. J’ai dû faire du porte à porte et interroger les gens dans le cadre d’un projet de recherche. Je n’avais pas de salaire fixe, juste un montant qui dépendait du nombre d’enquêtes que je menais. J’avais de la chance de pouvoir travailler mais cette instabilité n’était pas agréable. J’ai habité pendant quelque temps chez mes parents, seulement parce que c’était gratuit, et puis j’ai partagé un appartement avec des amis. J’ai aussi passé deux mois en Pologne et un an et demi à faire des petits boulots de temps en temps

 

Une organisation par et pour les jeunes

« C’est à ce moment-là – quand j’étais au chômage – que je suis entrée en contact avec la JOC. C’était il y a cinq ou six ans et j’ai fait la connaissance de la JOC par l’intermédiaire de Raluca qui, à l’époque, était responsable du travail d’extension en Europe de l’est. J’ai trouvé que la JOC était une organisation vraiment intéressante, surtout parce qu’elle existait « par et pour les jeunes » et ce type d’organisation n’existe pas réellement en Ukraine. J’ai demandé à mes amis si cela les intéressait de se joindre à ce groupe. Certains ont dit oui mais d’autres voulaient simplement que quelqu’un fasse le travail pour eux – ils ne voulaient pas être responsables. Chacun avait des questions d’ordre pratique : « Quel sera le résultat ? » ou « Cette organisation peut-elle m’aider à trouver du travail ? » Il existe plein d’autres organisations qui font beaucoup pour les gens, elles leur donnent quelque chose, les gens s’attendent donc à cela. Beaucoup s’attendent à ce qu’on leur donne quelque chose.

Nous avons lancé une action appelée « Jeunes pour le travail ». Nous sommes allés à la rencontre des gens dans les centres de chômage pour leur parler et comprendre leur réalité, ainsi que pour leur faire savoir qu’ils n’étaient pas seuls. Nous avons vu que ces sans emploi se trouvaient en marge de la société et se sentaient mal parce qu’ils étaient exclus – sans contact avec la société. Nous avons élaboré une enquête et interrogé les autres à propos de leur expérience. Nous nous sommes réunis en groupe pour examiner notre réalité et apprendre la méthode de travail de la JOC. Il s’agissait d’un groupe de jeunes ayant la même expérience. Nous étions sans emploi, avons partagé nos expériences respectives et ce faisant, nous sommes devenus plus forts. Notre intention a alors été de faire valoir nos droits, de donner à d’autres plus de force, et de mieux connaître le travail de la JOC.

Notre projet était aussi d’accompagner les jeunes en recherche d’emploi. Nous les avons aidés à rédiger un CV, à trouver les endroits où ils pouvaient poser leur candidature, et nous leur avons fourni des informations sur les conditions dans certains endroits que nous connaissions déjà. Cela a eu un impact, au niveau personnel et pour le groupe. Beaucoup ressentaient la même chose et cela nous a changés – renforçant notre degré de confiance et de conscience de qui nous étions. Au sein du groupe, beaucoup ont fini par trouver du travail et nous sommes restés en contact parce que c’était intéressant de continuer à parler de nos expériences et aussi de notre nouvel emploi.

« La crise a eu un impact important sur notre vie »


Pendant la crise économique, j’ai trouvé du travail dans les montagnes à l’extérieur de L’viv. C’était un autre contrat temporaire et c’était intéressant, mais c’était aussi stressant et instable. Beaucoup d’autres comme moi ont quitté la ville pour essayer de trouver un emploi ailleurs. La crise a eu un impact important sur notre vie. Après cette période, j’ai travaillé à Kyivstar qui est considéré comme l’un des meilleurs endroits pour travailler à L’viv. Je travaillais dans une centrale d’appels. Au départ, c’était très difficile, je répondais à environ 300 appels par jour, mais je me suis adaptée et je considère que c’était une bonne expérience de travail.

Après six mois, j’ai décidé d’accepter de travailler comme permanente à temps plein pour aider à développer la JOC en Ukraine. J’ai commencé ce travail en avril 2010. Maintenant, nous relançons le travail avec les jeunes sans emploi. La crise économique a eu pour impact de mettre beaucoup de jeunes au chômage ; par conséquent, beaucoup de nos contacts dans le groupe de base ont quitté L’viv pour chercher du travail dans d’autres villes. Pour l’instant, nous allons nous focaliser sur les réunions du groupe cible de jeunes qui ont un emploi précaire – pour leur donner de l’espoir, de la force, ainsi que la conviction qu’ils peuvent changer leur situation, qu’ils ne sont pas seuls, et que c’est par leur intermédiaire que les choses changeront.

« Nous voulons que les gens acquièrent un esprit critique »

En l’espace de trois ans, notre compréhension de la JOC s’est élargie. Nous voulons continuer à travailler avec le groupe cible parce que nous voulons un changement dans notre société. Nous voulons que les gens acquièrent un esprit critique, que leur dignité soit respectée – qu’ils préservent cette dignité d’être humain. J’estime que les gens avec lesquels il est le plus intéressant de travailler dans mon pays sont les jeunes, alors je veux travailler avec eux. Les personnes plus âgées ne sont pas aussi ouvertes à l’idée de changer la société dans laquelle ils vivent.

Notre plan pour l’année à venir consiste à lancer un projet avec les jeunes qui recherchent un emploi dans les centres de chômage ou par l’entremise des agences d’intérim, et à plus long terme, de monter une exposition pour encourager les jeunes travailleurs à partager leurs expériences de travail et de vie de façon créative. Nous commencerons par mener des recherches et par recueillir des témoignages auprès de jeunes travailleurs en quête d’emploi. Il s’agit d’un processus analogue à celui mené avec les travailleurs intérimaires et précaires dans les autres mouvements jocistes d’Europe. Nous voulons faire participer les jeunes afin de les aider à prendre conscience de leurs capacités et afin qu’ils n’aient plus peur de parler publiquement de leur expérience. À mes yeux, le meilleur soutien que je reçois de la JOC est le sentiment qu’elle me donne que je ne suis pas seule. Cela me fait du bien de savoir que d’autres font la même chose. »

Pour de plus amples informations, n’hésitez pas à contactez Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.

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